dimanche 10 mars 2013

A Antraigues, Colette Ferrat ouvre la maison du souvenir de Jean

Vendredi 8 mars, à Antraigues (Ardèche) : c’est la Journée internationale des droits des femmes, une idée (à défaut d’un concept) qui plaisait peut-être à Jean Ferrat, et qui aurait aussi plu à son poète préféré Louis Aragon. Le premier a chanté les mots du second : la femme serait l’avenir de l’homme, paraît-il… Ici, en Ardèche, la femme est la mémoire de l’homme : en l’occurrence Colette Ferrat, qui entretient avec un soin jaloux le souvenir de « son » homme, mort juste à côté, à Aubenas, le 13 mars 2010.
Mardi, elle inaugurera, sur la place du village, la « Maison Jean-Ferrat », qu’elle a voulu pour lui et qui ouvrira ses portes au public le lendemain, jour anniversaire de sa mort.
A ses côtés, les amis de toujours seront là : Paco Ibanez et sa guitare, Francesca Solleville, Gérard Morel… et ses deux nièces, élevées comme ses filles, elles aussi gardiennes du temple du souvenir : Sylvie et Valérie. « J’ai toujours beaucoup de mal à parler de lui, mais je tenais à lui rendre cet hommage, lui qui a défendu tant de valeurs », explique pudiquement, mais avec des sanglots dans la voix, celle qui partageait sa vie depuis 1972. « Vivre avec lui, c’était un bonheur. On était toujours d’accord, on était bien où qu’on soit. Il me demandait : qu’est-ce que tu veux faire aujourd’hui ? Je lui disais : ce que tu veux, et toi ? Et il me répondait : ce que tu veux aussi… Et, finalement, on n’allait souvent nulle part !
Je crois que c’est pour ça qu’il m’a épousée, finalement : j’étais facile à vivre et je n’étais pas collante… »
C’est ce bon vivant qui aimait son torrent, son village, sa femme, ses amis, faire la cuisine, que la Maison Jean-Ferrat va faire revivre. « Seul le bruit du torrent déchire le silence et tu dis mon amour, nous avons trop de chance », est d’ailleurs la phrase que Colette a choisie au frontispice de la maison du souvenir.
Celle-ci est la bâtisse la plus grande de la place du village d’Antraigues, qui compte 550 habitants et qui est l’un des dix-neuf villages de caractère du département. 
C’est ici, dans cette Ardèche du Sud, que Ferrat a débarqué en 1964, aux côtés de son ami Jean Saussac, artiste-peintre qui a beaucoup travaillé pour le cinéma et notamment pour Bertrand Tavernier, et qui était, accessoirement… maire d’Antraigues. Il a eu le coup de foudre pour cette région, son côté doux et sauvage à la fois, ce qui lui correspondait bien. Au point de s’y installer définitivement dès 1973 et d’en devenir conseiller municipal et premier adjoint.
Aujourd’hui, sur cette même place de la Résistance, Sylvie et Valérie Arbat tiennent maintenant les deux piliers du village : Valérie est à la manœuvre de Lo Podello, un petit resto qui fait aussi chambre d’hôtes, juste en face de l’autre café de la place, « La Montagne », tandis que Sylvie est la cheville ouvrière de la Maison Jean-Ferrat et en sera la patronne. Ici, on est et reste en famille donc.
Que trouvera-t-on dans la « Maison Jean-Ferrat auteur, compositeur interprète » ? Le visiteur est accueilli, dans le hall, par l’exposition « Jean des Encres et Jean des Sources », qui était déjà visible à l’office de tourisme depuis la mort du chanteur.
Elle retrace l’animal politique, le guetteur de l’histoire, le photographe de la condition humaine, bref, l’homme complet, impliqué, concerné qu’était Ferrat.
Au premier étage, dans une salle où a été installé son piano, des écrans et des casques permettront de le revoir et de le ré-écouter.
Au deuxième étage, Colette a fait déménager de leur maison le bureau de son mari, sa mezzanine, et toute sa bibliothèque.
L’Encyclopedia universalis, l’intégrale de l’œuvre poétique d’Aragon, et, bien sûr, Hugo, Eluard, Lautréamont, la Fontaine et bien d’autres en collection Pléiade…
Renseignements sur www.jean-ferrat-antraigues.com
 

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